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Audioprothèses high tech : jouets ruineux ou vrai plus pour le patient ?

Savoir jouer sur la gamme…

 

La différence entre entrée de gamme et haut de gamme ? Le « niveau technologique »… oui, sauf que d’un fabricant à l’autre, l’expression n’implique ni les mêmes performances, ni les mêmes fonctionnalités.

 

Pour dire les choses simplement, la classification en gammes, établie par les fabricants eux-mêmes, est fonction du niveau technologique de chaque appareil – et plus précisément, du type de processeur et d’algorithme utilisés.
Ainsi, pour Starkey, « la différence entre les gammes réside principalement dans l’algorithme qui va traiter le signal », explique Thierry Daudignon, Directeur général. « A partir d’une plate-forme de base commune (le hardware) pour les différentes gammes, nous modulons nos dispositifs innovants en fonction de la catégorie d’appareils et amortissons nos coûts grâce aux appareils haut de gamme, qui nous permettent de valoriser notre R&D ».
Chez Sivantos comme chez Biotone, c’est la puissance du processeur qui est mise en avant : si, « vus de l’extérieur, tous nos appareils sont identiques », affirme Mikael Ménard, docteur en acoustique chez Sivantos, « ce qui les différencie fondamentalement, c’est le processeur qui, d’une gamme à l’autre, n’a pas la même capacité de traitement du signal et n’utilise pas les mêmes algorithmes. De même qu’il existe chez Intel, du plus au moins performant, des processeurs Intelcore I3, I5, I7. » « Nos appareils haut de gamme nécessitent l’utilisation de composants physiques plus coûteux car plus avancés technologiquement que ceux utilisés pour l’entrée de gamme », précise quant à lui William Méauzoone, responsable Technique & Formations chez Biotone Technologies. « Les processeurs et les configurations sont différents. »

 

Cyrille Coudert

Comparaisons difficiles

Cela posé, on pourrait imaginer qu’il existe une définition précise des appareils d’entrée, de milieu et de haut de gamme. Mais non !
On pourrait espérer que la nomenclature officielle mette tout le monde d’accord, mais il n’en est rien. Cette nomenclature qui classe les audioprothèses en quatre catégories – de A à D (là aussi en fonction du niveau technologique), date en effet de… 2002 et n’a jamais été révisée, malgré un avis de la Haute autorité de santé de 2008. Ce qui explique, reconnaît la CNAMTS dans son Point de repère de décembre 2016, « que les prothèses auditives actuellement sur le marché respectent, pour la grande majorité, les spécifications techniques minimales des aides auditives de classe D (appareils les plus performants). »*
La révision annoncée pour 2017 de cette nomenclature devrait donc permettre de faire taire certaines brillantes critiques, formulées notamment par la Cour des comptes en 2013, selon lesquelles les audioprothésistes, les fourbes, encourageraient à l’achat des appareils de « la classe la plus chère » : si 90 % des audioprothèses vendues à l’heure actuelle sont de classe D, c’est tout simplement parce qu’elles ont aujourd’hui toutes – même en entrée de gamme – les mêmes performances que le haut de gamme d’il y a 15 ans(1).
Et l’on n’y voit pas plus clair sur ce que sont d’une manière générale « l’entrée », le « milieu » ou le « haut de gamme » en regardant le catalogue des fabricants, puisque chacun d’entre eux construit ses propres gammes : un appareil d’une gamme donnée (par exemple milieu de gamme) dans une marque n’aura ni les mêmes performances ni les mêmes options que l’appareil de la même gamme d’une autre marque.

Franck Miermont

Les possibilités de comparaison d’une marque à l’autre sont donc très restreintes, au grand dam de Jean-François Tripodi, directeur général du réseau de soins Carte Blanche Partenaires qui s’est penché sur le sujet lors du référencement des appareils auditifs vendus en France : « d’une marque à l’autre, on peine parfois à trouver les points communs qui permettront de comparer deux appareils d’entrée ou de haut de gamme ». Derrière cela, une logique concurrentielle toute simple : les fabricants visent tous à se démarquer de leurs concurrents. Certaines marques incorporent par exemple un dispositif anti-larsen sur tous leurs produits, même en entrée de gamme, alors que d’autres ne le font pas. William Méauzoone explique ainsi que « chez Biotone, tout ce que l’on peut appeler les « systèmes acoustiques » des aides auditives servant à encadrer la correction sont les mêmes de l’entrée au haut de gamme. C’est notamment le cas pour la fonction permettant aux appareils eux-mêmes de refaire l’audiométrie, ou la fonction anti-larsen. Ce sont des bases de travail. » De même, chez Starkey, « nos audioprothèses d’entrée de gamme disposent toutes de fonctions telles que l’anti-larsen », affirme Thierry Daudignon. En revanche, Laura Bontemps, audioprothésiste chez Audiam, explique que, sur les cinq gammes d’un fabricant dont elle vend les produits, l’anti-larsen n’apparaît qu’à partir de la seconde gamme, l’entrée de gamme n’étant donc pas équipée… « voilà pourquoi afin d’être cohérent avec notre ambition d’offrir le meilleur dès l’entrée de gamme, y compris CMU, nous avons dû avec Mounir, mon collègue de Saint-Denis, composer notre propre gamme en piochant dans plusieurs marques, ce qui semble normal, mais surtout accepter de sacrifier de la marge pour ne pas renoncer à de la technologie importante à nos yeux. »
Avis donc aux amateurs de la baisse des prix à tout crin : « Les appareils d’entrée de gamme sont très différents d’une marque à l’autre. Avec certains, je sais que je pourrai avoir de bons résultats, mais avec d’autres, je n’essaie même pas », indique Cyrille Coudert.

 

Lada vs Ferrari

Au-delà de cette question de la comparabilité des appareils d’une même gamme d’un fabricant à l’autre, se pose ensuite celle de la distinction entre les gammes elles-mêmes – et donc de ce qu’apporte la montée en gamme. Ici au moins, la réponse des fabricants est unanime : plus on monte en gamme, plus l’appareil est performant, notamment pour ce qui est du confort et de la compréhension dans le bruit. « Entre l’entrée et le haut de gamme, il y a un vrai monde, un peu comme entre une Lada et une Ferrari ! », explique William Méauzoone.

Thierry Daudignon

Dans le détail, les moyens pour parvenir à traiter les environnements sonores bruyants ou complexes sont multiples.
Ainsi, dans l’exemple pris par Laura Bontemps, « dans la première gamme, conçue par ce fabricant, il n’y a quasiment pas de réducteur de bruit, ce qui signifie que la parole et le bruit ambiant sont amplifiés de la même façon. Les gens sont donc facilement gênés par le bruit et tendent à retirer leurs appareils dans les environnements les plus bruyants. Dans la deuxième gamme, les réducteurs de bruit sont un peu plus forts, et l’appareil inclut un anti-larsen – ce qui évite qu’il siffle lorsque le patient est trop près d’un mur ou porte un chapeau. Dans la troisième gamme, on trouve le premier appareil avec détection de la parole, qui permet que le microphone se dirige vers la parole. Les réducteurs de bruit sont plus perfectionnés : ils restituent pleinement le son qui arrive en face de la personne et réduisent les sons parasitent provenant de l’arrière et des côtés. Cela favorise la compréhension dans le bruit. Pour respecter un positionnement basé sur la réhabilitation auditive pour tous, notre équipe a considéré qu’elle ne pouvait calquer son offre sur celle fabricant »
En d’autres termes, résume Mikael Ménard, de Sivantos, « Monter en gamme donne accès à des algorithmes spécifiques destinés à aider dans des environnements sonores compliqués. Il y a par exemple des algorithmes spéciaux pour gérer le bruit typique d’un restaurant. Pour cela, les appareils haut de gamme sont capables d’identifier à l’instant t dans quel environnement sonore ils sont utilisés et s’il s’agit de parole, de musique ou de bruit. Pour la musique, la situation est très particulière : lorsqu’il s’agit d’un fond sonore – comme lorsqu’on écoute la météo à la radio ou dans un magasin – nous devons la traiter comme un bruit. Mais lorsque le patient écoute de la musique, c’est au contraire l’information qu’il faut amplifier et restituer. Seuls des appareils haut de gamme peuvent faire cela. »
Les options et les programmes sont infinis : « Avec un appareil haut de gamme, on peut par exemple disposer d’un système anti-bruit qui sera utile pour un comptable devant aller régulièrement dans l’atelier de mécanique de l’usine dans laquelle il travaille. On trouve également des traitements spéciaux optimisant l’écoute de la musique », ajoute Thierry Daudignon, de Starkey France. Autre exemple, donné par William Méauzoone, de Biotone : « un appareil haut de gamme permettra de n’entendre que le son provenant d’une direction précise. Lorsque vous êtes en voiture par exemple, l’appareil capte le son de la personne qui est derrière vous. Les appareils vont spontanément, en fonction de l’environnement, capter la source sonore intéressante. Les appareils haut de gamme peuvent prendre des décisions seuls, et activer tel ou tel système automatiquement selon l’environnement dans lequel se trouve la personne. »
Enfin, un appareil haut de gamme améliore également « le traitement du signal pour les lieux réverbérants », ajoute Laura Bontemps : « alors que l’amplification des appareils classiques ne concerne habituellement pas les fréquences au-delà de 6000-8000 Hz, les appareils hauts de gamme amplifient les sons perçus dans des fréquences qui atteignent 10 000 à 12 000 herz. Les sons gagnent en richesse, en chaleur et en musicalité. »

 

Davantage de commodités

Deuxième avantage de la montée en gamme : des « commodités » faites pour simplifier la vie du patient. « Cela peut être par exemple des fonctions reliant directement l’audioprothèse à la télévision », explique Thierry Daudignon, de Starkey France.
Certains appareils haut de gamme sont « rechargeables et équipés de la technologie bluetooth, qui permet d’entendre la télévision ou le téléphone directement dans les appareils, via une télécommande », ajoute William Méauzoone. « Des appareils très haut de gamme sont même équipés d’un système permettant la communication directe entre eux. Ils peuvent s’échanger des données acoustiques, transmettre du son. Cela peut être utile par exemple lorsqu’il y a du vent qui empêche de bien entendre dans une oreille : l’appareil frappé par le vent éteint la zone concernée pour éviter le bruit et appel les données acoustiques de l’autre appareil pour les récupèrer et ainsi annuler ce bruit de vent gênant. Les deux appareils s’envoient des bouts de sons, si l’on peut dire. Cette fonction peut aussi être utile lorsque l’on téléphone : un seul des deux appareils capte le son, mais la personne l’entend dans ses deux oreilles. Ce type de système n’existe pas sur les entrées de gamme », explique le responsable Technique & Formations chez Biotone Technologies.
Mikael Ménard souligne également le fait que « les appareils des gammes 5 et 7 peuvent être pilotées depuis le smartphone du patient. La gamme 7 permet de monitorer la directivité des appareils, par exemple en restituant dans les deux oreilles les sons qui viennent de droite ou de gauche. Cela peut par exemple être utile si le patient est passager en voiture, et veut discuter avec le conducteur. Le smartphone, de plus en plus présent dans l’appareillage, permet ainsi de donner au patient la main sur son écoute ».

 

Possibilités de réglage

Enfin, la montée en gamme signifie aussi pour ces professionnels des possibilités de réglage de l’appareil étendues. Pour Franck Miermont, audioprothésiste Audioris à Guérande et Saint-Nazaire, « c’est même la principale différence entre haut de gamme et entrée de gamme. Sur un appareil haut de gamme, on peut analyser l’environnement sonore sur 40 canaux et adapter le gain sur ces 20 canaux. On peut aussi régler certains réducteurs de bruit et configurer la détection de l’émergence directionnelle de la parole. »
« Plus on monte en gamme, plus il y a de canaux qui permettent un réglage de plus en plus fin », approuve Laura Bontemps. « Les appareils d’entrée de gamme n’ont que deux ou quatre curseurs réglables. En haut de gamme, on dispose de 32 à 48 canaux réglables ».
« Pour résumer, les appareils des trois gammes – entrée, milieu et haut de gamme – sont de très bons appareils, mais ils répondent à des situations, à des pertes ou à des attentes spécifiques », affirme Mikael Ménard, de Sivantos. Et Thierry Daudignon, de Starkey, de conclure : « Nous donnons à l’audioprothésiste des supports qu’il pourra adapter au mode de vie des patients. C’est en fonction du mode de vie de chaque personne, du confort attendu que l’audioprothésiste pourra déterminer quel type d’appareil et de technologie convient le mieux. »
De l’art de ne pas stigmatiser l’entrée de gamme, tout en valorisant le haut de gamme : un équilibre délicat.

 

Le Haut de gamme : dernier né de la R&D

Le haut de gamme est donc issu des lourds investissements en R&D consentis par les industriels. « Le progrès technologique, explique le directeur général de Starkey France, Thierry Daudignon, va très vite et nos entrées de gamme actuelles ont les mêmes performances que les hauts de gamme d’il y a cinq ans. Les technologies évoluent dans toutes les gammes, par une sorte de glissement permanent. Le rythme de l’innovation est très rapide puisque chaque fabricant présente une nouveauté tous les 18 mois en moyenne. »
Et l’analyse de William Méauzone, chez Biotone est proche : « La R&D constitue la majeure partie du prix d’un appareil. Si nous sortons une nouveauté tous les 18 mois en moyenne, nous présentons tous les 36 mois une évolution majeure, représentant une véritable rupture technologique. Les résultats de la R&D menée cette année nécessiteront ensuite trois ans de développement avant que les nouveaux appareils ne soient mis en vente. Nous travaillons donc aujourd’hui sur des puces qui sortiront fin 2019. »