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Les tribulations d’un insoumis au bloc

La découverte d’un grand témoin prend parfois des chemins de traverse. Samedi matin post congrès, aéroport de Toulouse, café à la main vous interrogez votre interlocuteur sur son parcours. La voix de conteur, mode vieux sage africain, vous transporte devant la case de ses parents au Congo Brazzaville période décolonisation. Bien vite le vieux sage vous transforme en tête brulée. 400 coups, révoltes syndicales, les cales d’un bateau traqué par les avions militaires, vous suivez les traces du Che Guevara pour faire des études à Cuba. Je passe les péripéties locales, la chirurgie de guerre et les embrouilles, votre diplôme de médecin sous le bras vous repartez vers l’Afrique. Toutes les routes mènent à Brazzaville… à condition de passer par Moscou, Beyrouth, Tripoli et j’en passe ; le chemin des barbouses version guerre froide. En théorie la médecine ça calme. Pas vous. Votre promotion, un village disciplinaire à 500 bornes de tout, au milieu de nulle part, de quoi mater un réfractaire. C’est la chirurgie de brousse avec les moyens du bord. « Je t’assure Bruno que le taux de mortalité n’était pas plus élevé qu’en France ». Pour les patients peut-être ; pour le médecin c’est moins sûr. A force de marcher sur des plates-bandes qu’il valait mieux éviter, vous courrez pour attraper l’échelle de l’avion avant d’être lynché. Ça n’est plus les Barbouzes, c’est Indiana Jones. Vivant mais chômeur, le ministre fini par vous nommer conseiller, en charge du projet de développement des services de santé. Mais alors loin, très loin de la capitale, loin là-bas dans le sud du pays. Un an c’est court, surtout pour le président de la république à qui vous venez dire ce qu’il ne veut entendre sur l’état sanitaire du pays. Tu sais quoi petit ? Tu veux sauver des vies ? Pars faire des études de spécialiste en France. A Montpellier tiens, c’est une bonne école, c’est loin de Brazzaville et c’est à Monsieur Guerrier que tu pourras les briser menu.
…c’est à ce moment-là que l’embarquement de votre avion pour Paris est annoncé. Le ciel peut attendre, je veux la fin du film ! Heureusement Alter Ăgo le Mag connait la suite. Les grands témoins habituels essaient de laisser une trace dans notre histoire. Michel Malonga l’a épousée, la grande, sans même le faire exprès.
Comme dans toute chose le temps a fait son œuvre. Notre compañero a fini par se calmer. En grande partie grâce à celle qui aura su le placer sur la voie de la sagesse. Il aura découvert entre temps, grâce à des âmes charitables en France, qu’il est noir, suffisamment en tout cas pour renoncer au bloc… mais surtout pas à son humour ravageur. En une époque où les formalismes de tout bord sont de rigueur, ou tableau Excel® et PowerPoint® font office de réflexions et méta-analyses de références, sa vision holistique de la médecine est teintée d’un humanisme désuet. Il reste probablement un peu du révolutionnaire lorsqu’il déclare : « … il faut savoir oublier les codes, parce que la vie n’a pas de code ». Dans la rubrique du bloc au poste, le directeur médical d’un groupe d’assurance exprime, sous une autre forme la même idée : « … les médecins ont conscience que la médecine n’est pas une science exacte. »
C’est bien loin de ce doute humaniste qu’en cette année électorale, les prétendants à la fonction suprême et leurs équipes ont déjà trouvé des solutions aux maux de notre système de santé : réduction des dépenses, baisse des coûts, baisse des prix et j’en passe. Dites médical ou paramédical, on vous répond économie. Améliorer la prise en charge du malentendant ? Mandatons l’Autorité… de la concurrence ! Comment s’étonner alors qu’une des solutions préconisées soit de rendre les organismes payeurs à la fois juges et parties. Certains le demandent, mais, pour l’heure, pas ceux que nous accueillons dans ce numéro.  
En fait Michel, lorsque tu proposes de : « … les envoyer faire une partie de leur formation médicale hors de France, pour voir ce qu’ils sont réellement capables de faire. L’important, c’est de sauver des vies… », tu parles juste de tes jeunes confrères ? Bruno Delaunay