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Alain Berthe : Pied au plancher

Une fois n’est pas coutume, la rubrique « Art » de ce magazine se penche sur un passionné non pas de peinture ou de musique, mais de… course automobile. Un artiste de la mécanique et du pilotage, pourrait-on dire. Portait d’Alain Berthe, ORL mordu de vitesse.

Les points communs entre la médecine et l’automobile ? « Bien sûr, il y en a, à commencer par la précision du geste, la dimension technique que l’on retrouve aussi bien en mécanique qu’en chirurgie. » Jeune, Alain Berthe a même un temps hésité entre la course automobile et la médecine.
« Lorsque j’étais adolescent, j’allais pratiquement tous les week-ends et les vacances chez mon oncle, qui avait un petit garage dans le Calvados, à Orbec-en-Auge. Je suis pour ainsi dire « tombé » dans la mécanique très jeune. En arrivant chez lui, j’enfilais une combinaison et il me donnait de menues tâches à effectuer sous son contrôle. J’ai fait cela pendant plusieurs années et cela me plaisait. Je regardais les courses automobiles et j’avais beaucoup d’admiration pour certains pilotes, comme Jo Siffert, un pilote de Porsche dans les années 1970. C’était l’époque de l’apogée des Porsche 917, avec une victoire au Mans. »
Oui, mais… « quand j’ai parlé à mes parents de devenir pilote et mécanicien, ils n’ont pas sauté de joie ! Finalement, intéressé par la médecine et ne souhaitant pas décevoir mon père, qui aurait aimé lui-même être médecin mais n’a pas pu par manque de moyens financiers à cause de la guerre, j’ai abandonné l’idée de devenir pilote professionnel. »
Mais il garde sa passion pour les automobiles. « A 18 ans, j’ai acheté ma première voiture, une 2CV, pour 200 francs de l’époque… Autrement dit, il y avait du travail à faire dessus pour qu’elle roule ! J’ai refait entièrement le moteur, avec les conseils de mon oncle, et je suis parti l’été suivant au Maroc avec cette 2CV. J’ai commencé mes études de médecine, puis j’ai revendu ma 2CV pour acheter une Dauphine Gordini, que j’ai préparée pour la course. Avec mon oncle, toujours, nous avons raboté la culasse, surbaissé la voiture, et mis du leste à l’avant car les dauphines avaient tendance à s’envoler… Malheureusement, le moteur n’a pas tenu le choc : il a explosé deux fois. J’ai alors renoncé à faire des courses avec cette voiture ».
L’histoire ne s’arrête cependant pas là, et quelques mois plus tard, Alain Berthe «  achète sa première voiture mythique, une Austen Cooper S, comme celle qui avait gagné le rallye de Monte Carlo de l’époque ». Là aussi, il refait le moteur, et commence à s’entraîner sur circuit.

 

Le geste juste

Dans le même temps, Alain Berthe continue ses études et choisit comme spécialité l’ORL. « Ce choix a sans doute été influencé par mon intérêt pour la mécanique, ce côté technique que l’on retrouve en chirurgie. » En fait, explique-t-il, « j’ai eu deux mentors : mon oncle mécanicien et mon maître en ORL, le professeur Charles Freche, à qui je dois énormément et qui m’a conseillé et éduqué comme si j’étais un membre de sa famille. J’ai le souvenir de Charles Freche me tenant la main lors des interventions chirurgicales, pour me montrer le geste juste à faire avec les instruments, comme le faisait mon oncle avec les outils. »
Une fois ses études terminées, il s’installe et peut « enfin acquérir des voitures plus évoluées ». A partir de ce moment, il ne roule plus que « sur des circuits et en rallye historiques avec des Porsche ». Parallèlement, il fait « un challenge – le Challenge Yacco – sur des monoplaces type formule 3 », qu’il gagne. Ce qui lui permet « de conduire une véritable formule 1 de l’époque, une March Cosworth, l’ancienne voiture du pilote de formule 1 Yann Capelli, avec laquelle j’ai tourné sur le circuit d’Estoril, au Portugal. »

 

En professionnel

La mythique 911 S au Mans, conduite par Jacky Dechaumel, en 1971.

Il s’inscrit au Club Porsche de France et «  pratique de nombreux roulages sur la plupart des circuits français : Magny-Court, Le Mans, Dijon, etc. » Pour se perfectionner, il suit des cours de pilotage sur des Porsche GT3 Cup.
Et passe réellement dans la cour des pro dans les années 2000 : « j’achète alors avec un partenaire une véritable Porsche de course. Non homologuée pour la route, cette voiture est dédiée exclusivement à la course sur circuit. Cela demande une logistique importante – il faut notamment faire venir la voiture avec un semi-remorque, embaucher une équipe avec un team manager mécanicien et deux mécaniciens chargés du transport, des changements de pneus pendant les épreuves et bien entendu de l’entretien de la voiture. » Cette dernière est « équipée d’un boitier motech digital qui permet le relevé de tous les paramètres de l’auto, selon chaque circuit – par exemple la position de la voiture, l’angle, l’intensité du freinage, le nombre de tours – ce qui nous permet, à mon partenaire et à moi, de voir les différences dans la conduite, puisque nous sommes derrière le volant à tour de rôle. »

La Formule 1, une autre
expérience !


Pendant deux ans, les deux acolytes pratiquent la course automobile « comme de vrais professionnels ». « Cela m’a permis de me plonger réellement dans le monde de la course automobile, avec toutes les phases – essais, qualifications, tour de chauffe, départ lancé, arrêt au stand, changement de pilote, etc. Avec les joies inhérentes à ces poussées d’adrénaline, et les peines, la pire ayant été l’explosion du moteur de la Porsche après deux ans de bons et loyaux services. Normalement, nous aurions dû renvoyer le moteur à l’usine en Allemagne toutes les 50 heures de course. Nous n’avons pas respecté ces onéreuses préconisations, et ce fut la fin tragique du moteur. »

 

Retour aux courses historiques

Etant donné le montant des réparations, Alain Berthe et son partenaire renoncent à réengager la voiture en course. « Par la suite, j’ai repris des activités au RS Porsche Club de France, où je pratique des sorties, des roulages sur circuit, des rallyes d’orientation dans différentes régions de France (en Ardèche, en Franche-Comté, en Haute-Savoie…). » « C’est un moyen très sympathique, entre amis et amateurs de la même passion, de se rencontrer et de découvrir les régions de France inexplorées habituellement, sur des routes très improbables, mais avec chaque soir pour récompense des moments d’échange dans de bons restaurants. »
Il court deux fois Le Mans Historique, « ce qui [lui] permets de [se] replonger dans l’ambiance de cette course mythique, mondialement connue. » La première fois, « avec une Porsche 911 2,2 l à double allumage, qui a appartenu à Jacky Dechaumel, ancien mecanicien à Levallois et pilote des 24 heures du Mans trois fois avec cette voiture ». La deuxième fois, « avec un ancêtre : une Porsche 356 de 1954 qui roulait à 140-150 km/h et qui… ne freinait pas.   A l’époque, Jacky Dechaumel m’avait dit : « si tu veux aller vite, pourquoi veux-tu freiner ? » »

Un « ancêtre » de 1954 : la Porsche 356. Alain Berthe en compagnie de Jean-Claude Bonhomme,
copilote et président du RS Porsche Club de France.

Ce qui le marque le plus, dans cette course, c’est « de rouler sur la ligne droite des Hunaudières en même temps que des voitures d’époques et de puissances différentes : quand vous êtes à 240 km/h dans une auto des années 1970, et qu’une Porsche 908 vous double à 300 ou 310 km/h, c’est impressionnant ! Il faut vraiment avoir l’œil dans le rétroviseur. » Et « le lever de soleil sur le circuit du Mans. Un souvenir inoubliable ».

Sur le rallye de Monte Carlo.


Alain Berthe fait également deux fois le rallye Monte Carlo historique, avec une Porsche 2,7 l RS. « Ces rallyes hivernaux sont source d’émotion ! Imaginez passer le col du Turini sous la neige avec une voiture à propulsion arrière… Les spéciales se font de jour, mais aussi de nuit – ce qui pimente la situation – sur de toutes petites routes. Poussées d’adrénaline garanties ! »
Et aujourd’hui, Alain Berthe s’est-il assagi ? « Oui… mais je ne peux m’empêcher de replonger régulièrement dans les vieux démons des grands circuits, notamment celui de Spa, en Belgique, qui est pour moi l’un des plus grands circuits d’Europe ».