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Carte Blanche Partenaires : du « réseau de soins » à la « plateforme de services en santé »

Il faut dire ce qui est : que ce soit au sein du club Alter Ago ou à la rédaction d’Alter Ago le mag, ne règne pas un amour immodéré pour ce qu’il est convenu d’appeler « les réseaux de soins ». Mais au sein du club Alter Ago ou à la rédaction d’Alter Ago le mag, on a aussi le goût du débat et de l’ouverture d’esprit : preuve en est Jean-François Tripodi qui Directeur Général de Carte Blanche Partenaires, est également membre du club. Si nous savons que Jean-François est apprécié par les membres du Club, en est-il de même pour le DG d’un des principaux réseaux de soins ? Nous lui donnons la parole.

Pouvez-vous rappeler en deux mots clairement ce que sont les réseaux de soins comme Carte Blanche Partenaires ?
Pour cela, il faut que je rappelle d’abord ce que sont et ne sont pas les assureurs santé. Les assureurs santé ne sont pas des « OCAMs » au sens où, contrairement à ce que l’on entend beaucoup, leur métier n’est pas uniquement de rembourser derrière la Sécurité sociale. Leur métier est de construire une garantie santé, et sa tarification, ainsi que les services associés puis de commercialiser ces garanties auprès de leurs assurés en essayant toujours d’être au plus près de leurs besoins . Et c’est sur le fondement des contrats conclus qu’ils remboursent les assurés.
Dans l’exercice de ce métier, les assureurs santé sont amenés à être en contact avec l’offre de soins, les professionnels de santé. Et aujourd’hui, tous ont fait le choix de confier la gestion de cette relation avec les professionnels de santé à des structures expertes dans ce domaine, qui sont les réseaux de soins. Les réseaux de soins sont donc des sociétés mises en place par les assureurs, les mutuelles, les banques-assurances et les courtiers, chargées par ces acteurs de gérer leur relation avec les professionnels de santé et qui ont donc une capacité de compréhension des secteurs du soins et de discussion qui leur est propre, totalement déconnectée du remboursement. C’est ce qui est commun à tous les réseaux de soins : constituer des réseaux de professionnels de santé avec lesquels ils travaillent.
Au-delà, chacune de ces sociétés a un modèle différent, mais pour la plupart, les réseaux de soins sont portés par une plateforme de services qui font autre chose : de l’accompagnement, du conseil, de l’orientation, dans la gestion de l’offre de soins et du parcours de santé. C’est pourquoi Carte Blanche se définit d’abord comme une plateforme de services santé.

Comment Carte Blanche partenaire se positionne-t-il dans le paysage des réseaux de soins ?
Aujourd’hui, tous réseaux confondus, environ 50 millions de citoyens français sont couverts par l’un des cinq réseaux de soins. Carte Blanche Partenaires sera en janvier 2022 le second en termes de population couverte avec 12.5 millions de Français couverts contre 8 aujourd’hui, puisque des transferts de portefeuille vont intervenir fin 2021. MACIF et Klesia quittent Santéclair, et le groupe Aesio quitte Kalixia, pour s’affilier à Carte Blanche Partenaires.
Malgré cette croissance, nous sommes fiers d’avoir pu garder un modèle original, qui est celui du partenariat avec les professionnels de santé. J’insiste sur ce mot de « partenaires » qui figure dans notre nom. Très concrètement, nous entendons n’être agressifs avec les professionnels ni dans la relation que nous avons avec eux, ni sur le sujet des tarifs. Ce que nous voulons offrir au bénéficiaire, c’est un soin de qualité et l’expertise du professionnel de santé au juste prix. Je crois que c’est ce qui fait notre particularité. Mais le partenariat, c’est également d‘accompagner les professionnels. Par exemple, pour les audioprothésistes qui n’en seraient pas équipés, nous fournissons gratuitement un outil de suivi à distance du patient
Nous sommes aussi et surtout le seul réseau ouvert, c’est-à-dire que nous ne plaçons aucun numérus clausus avec nos partenaires autant pour les fabricants que pour les professionnels de santé. Les critères de sélection sont axés sur la qualité…mais aussi sur les tarif plafonds bien entendu.
Nous sommes aussi historiquement la première plateforme à avoir vu le jour, dès 2001, même si Carte Blanche Partenaires est resté assez discret jusqu’en 2011-2012, lorsque j’ai été recruté pour la développer. Une réelle étape a été franchie en 2015-2016, lorsqu’en regardant les demandes des bénéficiaires, nous avons lancé nos services d’accompagnement, de conseil et de suivi de ces derniers au long de leurs parcours de santé.
Je dis bien « parcours de santé » plus que « parcours de soins ». Nous proposons par exemple une application réalisant des audiogrammes digitaux de grande qualité, dont l’historique est conservé et qui sont transmissibles au médecin avec un système d’alertes. L’audiogramme, ici, intervient bien avant le soin. Autre exemple, nous avons mis en place en optique un chat-bot automatisé sur la vue, et la façon d’entretenir sa vue, ses lunettes, savoir s’il y a besoin de voir un médecin ou d’un autre professionnel de santé. Nous allons en développer un similaire en audiologie, bien sûr avec l’appui et l’expertise de médecins ORL et d’audioprothésistes.
Et dans la même logique, nous réalisons aussi de petits films de prévention santé s’adressant à toutes les générations, que nous faisons là aussi valider par des experts – la JNA pour l’audiologie.

Avez-vous d’autres projets à court / moyen terme ?
Les deux.
A court terme en 2022, nous sommes intéressés par le boom de la téléconsulation, qui a bien sûr été encouragée par le Covid 19, mais nous considérons que le développement de la téléconsultation n’est pas une fin en soi, et qu’il faut, pour qu’elle soit utile, que le patient puisse être accompagné par un auxiliaire, et qu’il y ait une infrastructure – un poste de téléconsultation, des moyens de prendre rendez-vous comme l’infirmière ou le kiné, ou encore le portage de médicaments etc.
A plus long terme, nous travaillons sur un projet d’accompagnement du parcours hospitalier dans le cadre du projet ROC qui simplifie les flux du tiers-payant avec les organismes complémentaires en dématérialisant et standardisant les échanges entre les Établissements de Santé, les Assurances Maladie Complémentaires (AMC). A terme, cela permettra que la prise en charge, le suivi de la prise en charge de service en service, les déclenchements des processus pré-hospitalisation, post-hospitalisation, et la prévention puisse être proposée en automatique et de manière systématique grâce aux flux informatique, là où cela reste encore très lourd et très artisanal aujourd’hui – parfois, cela se fait encore par fax… l’informatique simplifie les flux, et nous intervenons comme spécialiste de la gestion de ces flux spécifique qui transporte des données de santé de nos bénéficiaires.

Carte Blanche Partenaire a aussi lancé sa marque de montures de lunettes. En janvier 2017 (Alter Ago le Mag n°10), vous nous disiez n’avoir pas l’intention de faire la même chose en audioprothèse. Cinq ans plus tard, ce n’est toujours pas à l’ordre du jour ?
(Rire) Non, vraiment pas ! Ce n’est pas du tout notre objectif, et il n’y aurait aucun intérêt à faire cela.
La situation en optique est différente. Là, nous avons fait du RAC 0 avant le 100 % santé, mais il y avait sur l’entrée de gamme un vrai problème de qualité trop basse. On avait réussi partiellement avec les verres – où, même pour les petites garanties, les opticiens partenaires pouvez proposer – pas toujours ! -via le réseau des verres de bonne qualité. Mais on n’y avait pas réussi sur les montures.
Alors en 2014-2015, on a mis les montures devant des experts et on leur a demandé : « lesquelles sont bien ? » Les réponses ont été surprenantes et on a réalisé que pour avoir de la qualité, il fallait maîtriser toute la fabrication. Ça nous a permis de sortir un produit qualitatif mais dont la marque – 1796 année de création des lunettes avec branches – était inconnue, et on s’est aperçu qu’il fallait une marque pour que cela prenne mieux. Aujourd’hui nous proposons aussi des modèles sous les marques Naf-Naf et Kaporal. Cela nous permet de proposer sans reste à charge des verres de grande qualité Hoya, Seiko, Essilor, Nikon ou Zeiss sur une monture griffée, et c’est vraiment représentatif de notre démarchez chez Carte Blanche, qui est plutôt d’aller chercher la qualité que de rechercher la baisse de tarif à outrance.

Le rapport de l’IGAS publié en 2018(2) n’était pas très élogieux sur les réseaux de soins…
Honnêtement, nous ne nous étions pas sentis concernés. Quand nous avons appris que l’IGAS préparait un rapport, nous les avons contactés de nous-mêmes, et ils sont venus et ont passé plusieurs jours dans nos locaux.
A l’époque, on distinguait trois types de réseau : les fermés, les restreints et les ouverts. Tous étaient fermés ou restreints. Carte Blanche Partenaires était le seul ouvert, et c’est le modèle qui l’a emporté dans le temps devant notre progression. Et je pense que ce rapport visait surtout les réseaux fermés.
Je crois que les points importants sont : l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire, la liberté de choix, le numérus clausus (ndlr : pour les réseaux « fermés » accueillant un nombre limité de professionnels de santé, uniquement les réseaux d’optique selon la loi) et le faible taux de recours (ndlr : le « taux de recours » correspond sur la population ayant acheté un équipement d’optique/ un appareillage auditif ou reçu des soins dentaires, à la proportion qui l’a fait via un réseau).
En ce qui concerne l’accès aux soins, notre réseau de professionnels de santé couvre l’ensemble du territoire avec 3700 centres auditifs, 7640 opticiens, 9200 chirurgiens-dentistes et 600 centres de santé dentaire.
Pour ce qui est de la liberté de choix du professionnel de santé par le patient, Carte Blanche Partenaires ne pratique pas le remboursement différencié – c’est-à-dire que l’assuré est moins remboursé s’il ne va pas chez un professionnel de santé du réseau , et nous n’incitons les patients à aller dans notre réseau qu’en leur offrant des avantages. Et quant à la liberté de choix au niveau de la prescription, nous sommes très ouverts dans notre sélection, en disant « voici nos critères ». Cela nous amène en effet à exclure certains fournisseurs qui ne nous semblent pas répondre à des critères qualitatifs évidents, comme ceux qui vendent des verres aux opticiens en vente à distance sur des stocks sans traçabilité… Mais pour l’audioprothèse, nous avons tous les fournisseurs.
En ce qui concerne le numérus clausus, nous n’étions pas concernés. Nous ne l’étions pas non plus sur le taux de recours.

Avec les quatre autres réseaux de soins, vous avez récemment créé l’Association des Plateformes Santé (APFS)…
Oui, cette association est née du constat partagé que le poids de chaque plateforme considérée individuellement ne suffisait pas à être reconnu, et cela s’est bien vu lors de la mise en place du 100 % santé durant laquelle nous n’avons pas été représentés. C’est ce qui a servi de déclic.
Il s’agit donc pour nous de nous doter d’une représentation auprès des pouvoirs publics mais également auprès des organismes complémentaires, et du monde des professionnels de santé. Nous avons commencé de rencontrer les différents acteurs – SNITEM, SYNEA, SYNAM , les syndicats d’opticiens…

(1) Voir par exemple l’interview de Luis Godinho en page XX du présent numéro

(2) Nicolas DURAND et Dr Julien EMMANUELLI, « Les réseaux de soins », rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) https://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/2016-107R.pdf.

 

En savoir plus sur le projet ROC

 

2,5 réseau­x de soins : le nombre moyen de réseaux de soins auquel appartient un centre auditif, selon le rapport IGAS de 2018.

 

Rapport IGAS, les extraits qui fâchent

 « A  défaut  de cadre  juridique  mais  aussi  de  réclamations ou  d’alertes,  les  réseaux  de  soins échappent à tout  contrôle de la part des  autorités  sanitaires,  au plan  national  comme local. Pourtant,  ces  réseaux  opèrent  une  véritable  régulation  des  parcours  de  santé  :  référencement  et tarification  des  produits  et  des  soins,  orientation  des  patients  vers  des  professionnels  de  santé sélectionnés, contrôle de qualité des produits et des pratiques…. D plus, ils interviennent  dans  la délivrance d’actes médicaux ou paramédicaux qui comportent, pour certains, des risques sanitaires. Ce désengagement des autorités sanitaires n’est cependant pas  propre  aux  réseaux  mais concerne les secteurs optique, auditif et dentaire de façon générale.

Le  dispositif  de  régulation  est d’autant plus déséquilibré que la relation contractuelle entre  les  plateformes  et  les  professionnels  de  santé  est  elle-même  déséquilibrée.  En plus  d’être conclues sans aucune négociation (contrats d’adhésion), ces conventions comportent une très forte asymétrie des droits et obligations réciproques : pouvoirs unilatéraux de sanction et de modification accordés aux réseaux, responsabilités presque entièrement à la charge des professionnels de santé, faibles contreparties de la part des plateformes au regard des engagements pris par les professionnels… »

Commentaire de Jean-François Tripodi en réaction à ces deux extraits : « Les réseaux de soins ont un organe de contrôle : l’Autorité de la concurrence. Pour certains d’entre nous les attaques sont nombreuses et variées, je constate que systématiquement les attaques sont déboutées. Il doit tout de même y avoir quelque chose à comprendre devant ce constat. Pour Carte Blanche Partenaires nous avons aussi des attaques devant le Tribunal de commerce, une a été retirée pour l’autre nous avons gagné mais le perdant est allé en appel… il a encore perdu. In fine il a été condamné à un article 700 qui a payé mes frais d’avocats ! »

 

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